Du boulot...
Training, audition, repet, audition.
Clés dans la serrure, table sur le lit, musique en boucle, je chorégraphie.
Puis repetition , je leur apprends.
Retours maison, courrier? non.
Dodo une paire d'heure.
Jean, make up, une queue de cheval haute, le limo dans la poche, je suis partie pour la nuit. "Bonsoir, qu'est ce que vous buvez? Une bouteille wyborowa? 120 s'il vous plait.( Leati, une Wybo avec quatre verres, orange et pomme, ca va au coin VIP!) Installez vous votre bouteille arrive!
Bonsoir! Un rhum coca? C'est parti!"... And so and so and so...
6h30, fini de laver le bar, 7h fini les coupes d'après service, jogg enfilé, basket au pieds, je cours à ma repet...
Les journées s'enchainent et se ressemblent, mais heureuse d'avoir du boulot, de danser, de preparer des spectacles...
Bientôt la scène. Enfin un vrai sourire sur mes lèvres.
Envie d'écrire... Mais rien ne sors...
Tout avait si bien commencé, tout était si parfait, je le savais, je le savais je le savais.
C'était trop bien parti pour durer.
Il n'a jamais su. Jamais. C'était un mauvais dérapage, incontrôlé, sans dommage collatereaux, de genre de ce qui font peur mais dont on ressort indemne. Je ne lui ai pas dit, je voulais le garder,absolument, prête a accepter tellement de choses, sur le point de comprendre ce que c'était d'avoir "quelqu'un dans sa vie". J'étais bien , j'étais si bien assise la à le regarder me sourire, sentir ses mains sur mon visage, ses bras autours de mes épaules...
Et puis la sentence est tombée.
C'est le boulot, trop de boulot, mon taff avant tout. Alors je lui ai répondu que je savais, que j'étais une passionnée avant tout, que si on ne se voyait pas tous les jours c'était pas grave, au contraire, nous serions toujours plus heureux des moments passés ensemble.
Oui mais il avait un choix a faire, il ne pouvait cumuler les deux, impossible, pas maintenant, tu comprend c'est une période décisive de ma vie professionnelle. Oui çà aussi je comprend, mais je suis sure que je peux me faire toute petite.( Je ne veux pas, non, je ne veux surtout pas qu'il parte!!)
Mais tu me mets la pression! QUOI?!!! Comment ça? Quand tu m'envoies des messages, je sais que tu es en train de m'attendre... Je ne pensais pas que te souhaiter bon courage pour ta journée était une sorte de pression.
Oui sauf que j'ai compris à travers ses demis mots, ses presque non-dits, ses mots cachés dans d'autres que le boulot, même s'il était un facteur, n'était pas la raison.
Peur. Mot qui m'est trop peu étranger en terme de relations humaines.
Peur du vide, peur de l'inconnu, peur de réitérer les mêmes erreurs encore et toujours.
Alors j'ai parlé de mes peurs, un peu comme ça, en passant.
Je lui ai dis aussi que ça n'avait jamais été secret que nous soyons des passionnés, que j'avais sacrifié ma vie de femme pour ma vie de danseuse. Que jamais je ne lui demanderai de choisir entre moi et son boulot, que jamais je ne me positionnerai entre eux.
Et puis il l'a dit. Tu sais je ne pensais pas m'attacher autant à toi. Tu comptes dejà trop. Je préfère prendre les devants, et ne pas souffrir plus tard.
Je n'ai pu que fermer ma grande gueule.
Je connais trop cette phrase.
Je comprend trop cette phrase.
J'irai pas camper sur son paillasson en attendant qu'il me revienne.
Il reviendra pas.
Jamais.
Il ne voudra même plus me voir.
Parce qu'il préfère souffrir un peu maintenant que beaucoup plus tard.
Et que sans doute, les premiers papillons passés, c'est moi qui l'aurait prononcée.
Et que j'en aurai été sincèrement convaincue.
Je suis triste, perdue, je me sens abandonnée. J'ai les larmes aux yeux pour un petit flirt de quinze jours.
(Bon d'accord un mois )
J'ai honte de m'être laissée aller à croire en nous. j'ai honte de me laisser aller à être heureuse avec quelqu'un.
J'ai une folle envie de vomir. De me faire vomir. De me punir, de châtier mon corps, de lui infliger souffrance et torture pour oublier la tempête qui sévit dans mon crâne.
Et pour ne plus jamais oublier ne serait-ce que quelques jours que je ne suis pas faite pour être une femme aimée et aimante.
Je suis danseuse.
Je me contenterai d'amants. d'ailleurs j'aime mes amants d'une certaine manière.
Et ils me rendent heureuse. Ils me trouvent toujours belle. Ils rendent grâce à mon corps et n'ont d'yeux que pour moi.
Je les vois quand je veux et n'ai aucun besoin de me justifier.
Je suis une femme libre!
Et je ne me sens qu'abandonnée. Et profondément triste.
Je vais aller frapper au cinquième.
Réflexions personnelles et inintéressantes.
"J'ai rencontré quelqu'un"... C'est l'expression consacrée je crois. Donc oui je suis "en couple" avec un jeune homme doux, intelligent, doté d'un humour cynique, grand, beau... (Je ne manque pas d'adjectifs positifs à son égard) depuis quelques jours... Tout se passe bien, trop bien, même. Il prend soin de moi, m'envoie un petit texto chaque jours, vient me chercher à la sortie du travail, ne m'embrasse pas devant mes collègues, je n'aime pas les démonstrations au travail, me ramène en moto, conduit doucement pour ne pas que j'ai peur,(même si je n'ai pas peur et aime la vitesse) nous allons boire un dernier verre, nous rentrons chez lui ou chez moi, nous discutons encore une bonne heure dans les bras l'un de l'autre, il n'oublie jamais de me dire que je suis belle, et nous allons nous coucher sans forcement faire l'amour, juste l'un contre l'autre, douce au creux de ses bras tendres...
Quand nous faisons l'amour, il est toujours très tendre, il me donne l'impression de découvrir mon corps à chaque fois, il me serre contre lui, me repette que je suis belle, que je suis douce, que nous sommes bien ensemble...
J'ai rencontré ses potes, il a croisé certaines de mes copines, on est allé faire du shopping, se faire une expo, on a vu la Tour Eiffel éclairée en bleu, on a pris un petit dej sur une terrasse ensoleillée...
Mais il y a un problème...
Tout ça est trop parfait. Trop parfait pour que je ne me demande pas quand je vais tomber de ce petit nuage, si haut dans le ciel, si accueillant et tendre.
Et il y a un autre problème. je me suis attachée à lui. C'était une connaissance, nous avons passé une soirée à discuter et c'est devenu un amant sans lendemain, - pensais-je -.... Il ne l'a pas vu de cet oeil là, m'a demandé de dormir dans ses bras lorsque j'ai voulu rentrer (nous avions déja dormi une nuit ensemble pour des raisons alcolémiques, mais en "tout bien, tout honneur" - je déteste cette expression, y'aurait 'il du mal et du déshonneur à profiter du plaisir d'une nuit langoureuse avec un homme? -. ) J'ai donc dormi dans ses bras. Il m'a embrassé au réveil, embrassé quand je suis partie, rappelé dans la journée, est venu me chercher le soir, m'a accueilli par un doux baiser...
Je ne voulais plus m'attacher. A personne. Trop de souffrances, trop de problèmes.
Mes amants m'aillaient très bien. J'étais une Reine qui décidait quand et comment.
J'avais mon "frère", tendre et protecteur, qui m'aime d'un amour si diffèrent qu'il m'est impossible de ne pas lui retourner sans me poser de questions existentielles à la con.
Et lui, je ne sais s'il m'aime, je ne sais s'il tient à moi, je ne sais ce que je représente pour lui.
Ce que je sais c'est que je suis tellement bien avec lui, tellement moi même...
J'ai peur.
Tellement peur.
Et pour me convaincre que je suis bien fidèle à moi même, que je suis une fille libre et solitaire ( ce que je pourrais être en étant avec lui, cette réflexion est ridicule, mais la situation l'est tellement) que je ne suis plus de celles qui croient au prince charmant, que je ne suis plus de celles qui s'engagent dans des histoires foutues d'avance, question de distance ou question d'évolution des sens, que je ne suis pas de celles qui s'attachent à ceux qui n'en valent pas la peine, que je ne suis pas une fille à qui on tendra un mouchoir en disant " C'est pas grave tu sais, c'était un connard il ne te méritait pas, tu es trop bien pour lui"... Pour me convaincre de tout ça et de bien d'autres choses, j'ai fais la plus belle connerie que je pouvais faire.
Je me suis envoyé mon voisin.
(Dans ce film, Center Stage, une prof dit a une élève alors exaspérée par un chorégraphe : "Si tu reviens ici chaque jours, tu ne te perdras pas. " "Ici" désigne la barre. Le lieu ou l'on s'échauffe. Ou l'on prépare notre corps à l'effort.
J'ai donc décidé de prendre ce conseil pour moi et de mettre les exercices de la barre en mots, de les dépecer, désosser, décomposer pour retrouver le mouvement essentiel. Celui que j'ai oublié pare qu'il est devenu automatique, pris dans la "mémoire du corps", presque une habitude, un geste automatique.
Reprendre le mouvement à la racine. Revenir à la souche. M'interroger sur la source de ma mobilitée, de l'énergie et des directions... Pour moi. Comme une introspection du muscle.
Cette serie de note sera donc très personnelle, pleine de mots techniques et absolument pas destinée à être comprise par une autre personne que moi. Ce qui ne veut pas dire que vous soyez interdit de lecture. C'est un peu du chinois (.
Dégagés.
Profil à la barre, les pieds en cinquième, les jambes allongées (ne pas penser "genoux tendus", ça bloque toute respiration interne. Jambes allongées ça grandit et laisse passer le sang , l'oxygène, la dynamique, l'énergie...)
Main gauche délicatement posée sur la barre (c'est un partenaire, pas un simple repose bras qui est censé supporter toutes nos dissonances internes), légèrement devant moi (moi = mon corps, pas de direction ici), le bras droit en seconde, le coude allongé mais courbe, soutenu ainsi que le poignet, les doigts allongés et tenus, la main longue.
Le coccyx tombe, dans l'alignement de la colonne vertébrale, on annule toute courbe morphologique de celle çi par un autograndissement, les pieds ancrés dans le sol et la tête dans les étoiles.La nuque est droite mais souple. Le ventre est rentré, les fesses serrées.
Mes chevilles sont soutenues, mes orteils appuyés et a plat dans le sol, ils ne s"y aggripent pas.
Je peux ainsi placée débuter l'exercice.
Je veux dégager quatrième devant. Le mouvement concerne donc toute la jambe droite. Il part du talon qui avance sur le sol tout en restant en face des orteils de ma jambe gauche. Le pied caresse le sol à mesure qu'il déroule, le talon se soulève du sol puis les orteils qui se tendent et ne se contentent de s'allonger. Mes orteils sont donc placées dans un alignement parfaits, mes hanches n'ont pas bougées, je me suis grandit de plus en plus, ma jambe de terre est restée dans la position de départ tout le temps. Ma tête s'est placée, menton dans la direction du poignet en parallèle avec le bras. Pour fermer, j'engage le mouvement par le orteils, qui vont reprendre contact avec le sol, mon pied va se dérouler, conduit toujours par les orteils, se poser au sol et brosser le sol pour revenir se placer dans une cinquième position.Ma tête ne bouge pas.
Pour répéter l'exercice à la seconde, je continue à ma grandir et me tenir.
Mon pied droit s'allège et passe dans une première position, puis en une toute petite seconde tandis que le poids de mon corps reste sur la jambe gauche. Je brosse le sol avec les orteils dans un sens ^puis dans l'autre. Je referme en même temps que la jambe mon bras qui vint en première position par les doigts , main a hauteur du nombril, coude rond et soutenu. Au moment ou mon pied passe de la première à la cinquième derrière ma tête change de coté.
Pour continuer derrière, je maintiens mon bassin, ma jambe dégage par les orteils, à l'inverse de la quatrième et le talon vient en dernier. Mon bras dans le même temps s'allonge devant, les doigts allongés, main à hauteur de l'épaule, paume vers le sol. Mon menton se place dans la direction que montrent mes doigts, yeux vers l'infini. Je ne m'écrase pas sur le gros orteils, ma hanche n'a pas bougé mon dos est monté encore et encore.Je reviens en cinquième par le talon, mon bras reviens en première.
Je repette l'exercice à la seconde encore une fois pour changer de pied.
Puis, bras en première, j'effectue un demi plié, écartant les genoux et lâchant dans les cuisses en allongeant les mollets. Je ne décolle surtout pas les talon du sol, au contraire, je les y enfonce sans oublier de me grandir au maximum.
Je relève par les ventre, deux pieds en même temps, qui se croisent, cheville contre cheville (un seul doit e^tre visible de face) les talons en avant, ainsi que les mollets, les cuisses en arrière.
Je détourne, la cuisse de derrière poussant l'en dehors à l'extrême, tout mon corps tourne en même temps, il ne doit pas y avoir de retard dans le dos, les deux bras sont en première. Je pose mon bars droit sur la barre lorsque je j'effectue un demi plié de fin, très très moelleux.
J'ouvre mon bras gauche seconde, et je recommence de l'autre coté.
Là je ne comprend plus. Et d'ailleurs je ne cherche plus à comprendre. Trop de mots de morceaux de phrases, d'images s'entrechoquent les unes avec les autres, certaines vont dans un sens et d'autres dans un autre et puis soudainement une collision entre deux de ces fragments, et je ne comprend plus.
Collision d'images, explosion de couleur.
Collision de mots, anagramme sans queue ni tête.
La Vie ne vaut Rien...Rien Rien Rien... Rien Rien Rien...Rien ne vaut la Vie.
J'ai froid. Ma peau est sèche, j'ai des écailles et je gratte, gratte,gratte jusqu'au sang, pour voir si moi aussi je sais muer, comme un serpent. Un venimeux de préférence, de quoi m'empoisonner toute seule, une morsure dans la chair du bras, un croc dans la veine, l'autre dans l'os fragile et friable.
Et en quelques instant fermer les yeux sur ce monde et sur mes déceptions, sur mes échecs et mes rêves.
"Sors de ta Bulle" combien de fois ai-je entendu cette sinistre phrase, poisson astral que je suis, enfermée dans mes rêves, je n'ai jamais voulu voir la triste réalité et chaque fois qu'elle reussit à m'en faire sortir justement, c'est pour me faire mal, me laisser des bleus, à l'âme et au corps, des courbatures d'avoir tant lutté contre mon seul vériatble ennemi : moi même.
Je me voyais Dragon à la solide carapace d'écailles brillantes et aux flammes protectrices
"On nous inflige, des désirs qui nous affligent."
Je ne suis rien qu'un tas de chair, de sang, d'os, de ligaments et de cartilage... Et la grande méchante machine de la danse m'a broyée pour me laisser sur le pavé.
Et puis j'ai peur. Peur de me relever. Peur de trouver encore un sol plus dur où tomber. Peur de
ne pas avoir la force de rester debout et de me tenir droite. Peur peur peur peur peur.
Et je ne vois pas cette petite lueur d'espoir qui me fait sourire, épousseter mon pantalon et repartir dans la vie.
Cette fois je n'arrive pas a voir le "c'est pas grave, on verra à la prochaine" cette fois je me sens tellement enfoncée dans mon pavé, avec le béton par dessus pour rénover tout ça et surtout pas le sable en dessous.
Je suis juste une petite fille.
Petite, toute petite.
Et perdue.
Alors, j'y vais en fonçant mais pas trop, dynamique mais pas tendue.
Chignon impeccable, port de tête élégant, mouvements faits d'eau et de feu, sourire dans les yeux et crocs desserrés.
Je serai propre et dansante. Technique et artistique. Sur mes pieds et au dessus de mes jambes.
Le dos plat, la jambe longue, les doigts tendres, les pieds fermes.
Je serai à la barre et au milieu.
Entre le ciel et la terre il y a la danse. Et dans la danse, je suis.
Bizarre cet état de sérénité qui me tient...
Il ne faut pas le perdre.
A lundi.
Alors voila ce que je viens de lire chez Mimy. Très vrai, très cru, très dissertation -Intro développement conclusion - mais on ne peut en vouloir à une khâgneuse....
Bref voici la démonstration de ce que la danse n'est pas entière contenue dans ses clichés, et qu'elle est autrement pleine que ce que l'on veut bien croire.
"No pain, No gain"
Soyons danseurs et fiers de l'être.
(Mimy désolée d'avoir copié ta note, mais je suis nulle en ordi et je ne sais pas mettre de lien. J'espère que tu ne m'en voudras pas trop de te trouver fascinante et de te citer ici!)
28 mai 2008
Coupé –assemblé
Ce post m’avait donné envie de lire Mythologies, et un lundi matin de grande lassitude envers mon Gaffiot (ne faisant pas de latin du week-end, je m’y mets la veille pour le lendemain) j’avais subrepticement pris l’ouvrage de Barthes sur les rayons du CDI. Le temps d’emprunt du CDI étant ce qu’il est, j’avais grappillé quelques mythes modernes qui me parlaient et condamné le reste au silence. En allant à Gibert il y a quelques jours, je suis retombée dessus (en occasion en plus, si ce n’était pas un signe, ça). J’ai commencé à lire dans l’ordre, donc sans sauter le « Catch », premier article qui ne m’avait guère inspirée. Et bien que l’on en soit à cent lieues, j’ai pensé à la danse qui elle aussi est à la frontière entre sport et spectacle, quoiqu’elle soit sport qui tend au spectacle tandis que le catch est, comme le montre Barthes, un spectacle qui se prétend sport. Je ne sais pas vraiment pourquoi le glissement m’est venu à l’esprit ; peut-être cette comparaison malheureuse, « trop musclé comme un mollet de danseuse », qui relève elle aussi d’un certain cliché. J’ai souvent l’impression que pour la plupart des gens, la danse, c’est ça, une succession de clichés. Alors pour remettre un peu de mouvement dans tout ça, voici un petit démontage de la boîte à musique, ritournelle d’un côté et danseuse en plastique de l’autre.
Coupé : pile, image mielleuse, face, image amère, et une pièce qui ne se rejoint jamais
Amer
La danse, c’est la souffrance ; les pointes, des instruments de torture ; les auditions, un panier de crabes ; le ballet, un monde de requins. A décliner avec toutes les variantes possibles : acharnement, labeur, douleur, école de rigueur, orteils sanglants, pestes, régimes, orgueil, piston… on ne manque généralement pas de synonymes. Certes, pour devenir professionnel, il est recommandé d’avoir une santé de fer et un moral d’acier ; à la fois la dureté et l’éclat du diamant. Bien sûr, il y a des pestes (c’est malheureusement un fléau universel). Assurément, on maudit les pointes à chaque fois qu’on en inaugure une nouvelle paire (et je maudis particulièrement les revendeurs français pour ne pas importer de pointes russes). Sûr qu’on ressort d’un cours autrement plus fatigué que d’une promenade de santé. Certes. Mais. Pas seulement. Et ce n’est pas non plus l’autre cliché extrême, plus écœurant encore – parce que si la vision de martyr a au moins le mérite de reconnaître le travail du danseur, celle de l’étoile l’enrobe de paillettes un brin aveuglantes.
Mielleux
La ballerine noyée dans une barbe à papa de tulle et de lumières – tutu plateau, pointes, et cherry on top, le diadème. Vous pouvez tout de suite refermer la boîte à musique, la magie de la scène n’est pas là. Il n’y a rien de pire que cette mièvrerie, toute contenue dans le mot de « ballerine » que n’emploiera jamais une danseuse. A la rigueur, elle piétine le mot dans un modèle Repetto hors de prix, la marque si connue étant devenue l’emblème de la danse… à la ville. En studio on lui en préférera d’autres, sauf peut-être pour les pros qui recourront à du sur mesure.
La mièvrerie rose dragée ne connaît que trois pas :
- l’arabesque, LA pose photogénique par excellence – un beau cliché donc
- la pirouette (cacahuète)
- l’entrechat, pour faire pendant à l’appellation d’origine contrôlée de « petit rat » - « de l’Opéra » pour la rime.
La mièvrerie rose dragée pense…
… qu’on ne danse que les bras en couronne (visualiser ici une imitation simiesque) et sur du Tchaïkovski
… que la danse ne demande aucun effort.
… qu’on prend les cours en tutu. On en trouve une réminiscence dans
Billy Elliot où les gamines des mineurs sans le sous sont en tutu
(costume de scène, faut-il le rappeler, assez cher pour ne pas dire
parfois hors de prix), alors que de simples justaucorps seraient en
réalité un uniforme assez inespéré.
La mièvrerie rose dragée est un attendrissement maternel, résultant parfois d’une frustration personnelle.
La mièvrerie rose dragée m’écoeure. C’est en partie à elle que l’on
doit la démographie bancale des cours de danse où les garçons se font
rare et où les classes se clairsement avec l’âge (même si le cours
surpeuplé au-delà d’une certaine densité expose mes voisines au risque
de se prendre un coup de pointe pendant les grands battements).

Réalisé à partir de phots trouvées sur... des skyblogs. Non, non, je ne tire aucune conclusion.
Il
y a pire que la mièvrerie rose dragée, qui au moins se repère de loin.
Il y a la mièvrerie blanche, tout aussi dégoulinante de bons
sentiments. Blanc comme la feuille blanche d’où l’on part ; 0 capacité,
0 soutien familial, 0 pointé. Blanc comme le succès éclatant auquel on
arrive, par une chance non moins éclatante qu’on rebaptise travail.
Cette dernière substitution permet de réintégrer l’autre cliché, celui
de la dureté, dont on cache l’amertume en la faisant toujours suivre du
doux goût sucré des efforts récompensés.
Le mythe de la self-made dancer constitue ainsi la trame de la plupart des films de danse. Dans Save the Last Dance,
elle finit par intégrer la Julliard School, épaulée par un nouvel amour
(parce que si la danseuse n’est plus à présent confondue avec la
courtisane, elle demeure aimable, et il est de bon ton de marier la
mièvrerie rose dragée avec une fleur bleue). Dans Center Stage (Danse ta vie
sous nos latitudes, les Français ayant tout de même le chic pour nous
pondre des titres d’une niaiserie achevée – et ils aiment beaucoup la
vie, parce que cette année je regardai un film, une histoire de
musicien, rebaptisée Les gammes de la vie quand le titre de la VO était Die Zeit, die man Leben nennt - approximativement, et que l’on peut à peu près traduire par « L’instant qu’on appelle la vie »), bref, dans Center Stage,
donc, la self-made dancer rentre à l’ABT school, alors même que sa
technique n’est pas d’une propreté irréprochable – remarquée pour un
certain on-ne-sait-quoi (en fait par la caméra qui fait un gros zoom
sur la candidate à la self-made dancer – et ça, je peux vous dire que
c’est du cinéma. Du moins en France, où les écoles prennent parfois des
filles au charisme de navet bouilli pourvu qu’elles battent leurs chats
six – même si d’autres ont toute la classe requise, n’est-ce pas
Virginie ?). Bref revenons à nos moutons exgregius. Ils
bataillent dur, accumulent les échecs, travaillent dur, et finissent
par réussir, toujours de façon fulgurante et éclatante – il est bien connu que l’on passe de vilain petit canard à cygne noir par un coup de baguette magique.
J’aimerais bien parfois voir des films qui ne finissent pas en apothéose. Des filles qui se plantent sans pour autant s’effondrer. Quoique ce soit peut-être le bon sentiment de trop : réussir non pas à surmonter mais à accepter son échec, pensez. Surtout que la leçon d’humilité risquerait de se transformer en hymne au martyr. Pour la danse classique. Curieusement, il n’en va pas de même dans les films de danses de salon. Cela fait un bien certain de voir le plaisir de danser mis à l’honneur, même si l’on échappe pas toujours aux clichés. Dance with me m’avait à ce titre assez plu, malgré son côté je-sors-les-jeunes-de-leur-misère et ses inévitables couples (quoique démultipliés, ils soient paradoxalement plus supportables) (Dance with me dont le titre original était… Take the lead. Dans la catégorie je garde l’anglais parce que ça fait moins tarte, mais je donne un titre basique pour que tout le monde comprenne, c’est pas mal je trouve). Shall we dance ? (on remarquera une grande originalité dans les titres) ne tire pas mal son épingle du jeu, et par une pirouette (planée) évite de se figer dans le cliché. Ainsi, même si le protagoniste se trouve embarqué dans des cours de danse de salon pour le visage d’une belle jeune fille (déjà, un léger décentrement, ce ne sont pas les yeux), il n’en tombe pas amoureux, la sensualité (un chouilla exagérée) demeure l’apanage du tango, et les cabris (caracolant sur le quai de la gare) sont bien gardés. Il danse parce que ça lui fait du bien – et à nous aussi.
Il n’est cependant pas tout à fait anodin que ces films mettent à l’honneur les danses de salon, qui, ainsi que semble l’indiquer leur nom, devraient rester confinées dans un espace privé. Un autre problème se dessine en réalité : non plus montrer que la danse (classique) est un art sérieux pour lequel il faut se battre (plus que travailler, un peu de violence en guise de passion), mais que la danse (de salon) existe pour de bon. Dans Dance with me, le professeur de danse, qui se jette dans la gueule du loup en allant donner des cours de danse à des cas désespérants plus que désespérés de jeunes en échec scolaire, a tout le mal du monde à leur faire admettre que ce n’est pas un « truc de ringards ». S’il y réussit en employant la manière forte avec ses jeunes protégés, rien qu’à en juger par les sièges vides de la salle de cinéma, il y a encore du pain sur la planche pour convaincre de l’actualité de ces danses qui sont autre chose que la survivance des bals de nos arrière-grands-parents.
Assemblé : rendre la monnaie de sa pièce
Comment faire coexister les deux clichés dont on sent bien que la
vérité se trouve quelque part entre les deux (souvenance émue du cours
sur Pascal) ? Les films livrés avec faire-part et dragées ont choisi de
les faire se succéder, puisque les faire coexister sans modulation
revient à faire l’éloge du masochisme (ça fait mal mais c’est bon –
parce que c’est beau). Pourtant, il y a de ça. La différence
essentielle vient du fait que toutes ces perceptions viennent de
l’extérieur tout en se voulant intérieures : le spectacle est beau donc
je nie tout travail, ou je vois des exercices qui me paraissent relever
de la torture donc c’en est.
On ne parvient pas à
concilier les deux clichés pour la simple raison qu’ils ne s’appliquent
au même objet : le miel renvoie à l’art tandis que l’amer renvoie au
sport. Clichés inconciliables parce qu’ils renvoient à la contradiction
même de la danse qui, pour le danseur, est un art qui passe par le sport
– mais ne le devrait pas pour le spectateur. Pour celui qui la
pratique, la danse est artistique dans le sens où elle concourt à
former ce qui est ensuite (si on est en studio) ou simultanément (en
scène) perçu comme art. L’œuvre d’art n’existe que lorsqu’elle est
détachée de sa genèse et de l’artiste. Or dans la danse l’artiste est
en même temps le matériau. Le seul moyen d’éviter les glissements qu’il
y a là en puissance est de préserver la distance qu’instaure la scène –
que le ballet reste bien inaccessible de l’autre côté de la rampe.
C’est pour cela qu’en visite guidée, la scène perd toute magie,
révélant ses mécaniques, scotchs au sol, cintres nus et câbles en tous
genre, qui tranchent avec le velours des sièges et les dorures du
plafond (je pense au Palais Garnier). Elle a perdu toute vie, ce pour
quoi elle a été instituée n’a pas lieu. Pas de cérémonie. Tandis que
lorsque cette dernière a lieu, la scène devient un temple avec ses
décors, ses costumes et ses lumières et… ses dieux, rangés dans le ciel
sous l’étiquette d’étoile (encadrés par des dizaines d’astéroïdes
au statut de demi-dieux). Est-ce un pur hasard si Claire-Marie Osta,
étoile à l’Opéra de Paris, a hésité à entrer dans les ordres avant
d’embrasser la carrière de danseuse ? ou si dans le livre Itinéraire d’étoiles, la légende de l’une des (superbes) photos indique : « la barre, cette prière du danseur » ? - il s’agit bien là d’une mystification nécessaire, celle qui fait passer du plan de la mécanique du corps humain et celui de l’œuvre d’art. A la différence de…
L’image mielleuse : les danseurs vous tiennent la dragée haute, et s’amusent de ce que vous adorez les idoles plus que les dieux, ce qui contribue à leur donner ce rang plutôt que la puissance qui s’en dégage. Mais il se trouvera relativement peu de groupies dans le monde de la danse : les véritables fidèles, passé l’âge de bout d’chou, ont vite fait de troquer leur panoplie Barbie délavée et leur chigon-champignon contre une tunique noire (non couleur comme négation). [Je ne prêche pas pour autant la suppression du rose… il s’en trouvera certaines qui, venues à la danse pour le tutu, n’y verront bientôt qu’un symbole].
L’image amère est au final peut-être la plus révélatrice, parce que doublement trompeuse. Elle n’est pas, en effet, le négatif du cliché rose mais plutôt son double. J’ai compris cela en lisant le deuxième article de Mythologies, « l’acteur d’Harcourt » : « […] Passé de la « scène » à la « ville », l’acteur d’Harcourt n’abandonne nullement le « rêve » pour la réalité ». C’est tout le contraire : sur scène, bien charpenté, osseux, charnel, de peau épaisse sous le fard; à la ville, plane, lisse, le visage poncé par le vertu[…]. A la scène, trahi par la matérialité d’une voix trop musclée comme les mollets d’une danseuse ; à la ville, idéalement silencieux, c’est-à-dire mystérieux, plein du secret profond que l’on suppose à toute beauté qui ne parle pas.[…] / L’acteur, débarrassé de l’enveloppe trop incarnée du métier rejoint son essence rituelle de héros, d’archétype humain situé à la limite des normes physiques des autres hommes. […] la foule des entractes qui s’ennuie et se montre, déclare que ces faces irréelles sont celles-là mêmes de la ville et se donne ainsi la bonne conscience rationaliste de supposer un homme derrière l’acteur : mais au moment de dépouiller le mime, le studio d’Harcourt, à point survenu, fait surgir un dieu, et tout, dans ce public bourgeois, à la fois blasé et vivant de mensonge, tout est satisfait. »
Dans la danse aussi, un mythe se substitue à un autre : la danseuse « gracieuse » (voilà un autre mot que je déteste, typique d’un regard vaguement niais et pourtant assez juste.. gracieuse… grâce… ) laisse place au self-tortionnaire. Il ne s’agit pas de faire que l’étoile s’écrase au sol comme une vulgaire météorite mais paradoxalement de renforcer son caractère fantastique. Rappeler que la Willis a un corps, c’est souligner l’habileté avec laquelle elle maîtrise ce corps. De ce qu’elle en fait presque ce qu’elle veut, la danseuse demeure essentiellement Willis ; le corps trop humain est modelé par une volonté qui ne l’est presque plus. On admire à l’égal du résultat le travail qu’il a fallu fournir pour y parvenir. En somme, on a métamorphosé le dieu en « surhomme », peut-être parce que, même s’il est tout aussi inaccessible, il paraît plus proche, il n’est plus sans commune mesure.
Ce second cliché est donc plus complexe que le premier, d’autant plus qu’il est à l’occasion lui-même utilisé par les chorégraphes : on peut citer par exemple Véronique Doisneau de Jérôme Bel, à l’affiche de l’Opéra de Paris il doit y avoir quelque chose comme trois ans. Je ne l’ai pas vu (ni malheureusement Etude qui était dans la même soirée), mais les critiques montraient assez qu’il s’agissait bien d’une mise en scène de l’hors scène – le mythe de la démystification. Ce type de métalangage est toujours intéressant… pourvu qu’il ne se substitue pas entièrement pas entièrement au langage d’origine (et apparemment, c’était plus ou moins une des critiques adressées à cette pièce).
Si cette vision de la danse se généralise, il risque d’y avoir un certain dérapage de l’art vers le sport… un amour de la prouesse d’autant plus dangereux pour l’art qu’il transforme ce dernier en sport sans en donner les règles et donc sans lui donner les moyens de devenir populaire. Combien de fois j’ai entendu dire « Je ne comprends rien à la danse ». Comme s’il y avait quelque chose à comprendre. Les codes sont là pour les danseurs bien plus que pour les spectateurs. Cherche-t-on à « comprendre » la musique ? – pas au sens strict du mot il me semble. La musique comme la danse nous « parlent » au sens où elles nous touchent. Il ne serait même pas illogique que la danse nous touche plus facilement que la musique, puisqu’elle en est, non pas une illustration (attention, là je mords), mais une transcription qui se donne en simultané. Le danseur devant être dans l’intensité pour pouvoir transmettre l’émotion, le travail est mâché, presque par procuration (d’où l’on voit que le cliché tout rose de l’absence d’effort n’est pas loin) – du prêt-à-ressentir. La virtuosité est fascinante, mais elle l’est bien plus encore lorsqu’elle parvient à se faire oublier… comme Aurélie Dupont dans la Dame au Camélias… mais là on rentre dans le domaine du spectateur émer(ê)veillé !
Il est là, tout doux, tout tendre, attentif...
Et je suis là contre lui, heureuse, protegée dans sa douce étreinte chaude, la tête ailleurs.
Et je reviens sur terre, couchée dans son lit, et je panique. Lache moi, libère moi, je me roule en boule, pleure. Il me prend dans ses bras dans une etreinte très lache pour me rassurer sans m'étouffer certainement, ne pas me faire peur.
J'ouvre ses bras violemment, le regarde a travers mes larmes une demie seconde et je cours me cacher dans la baignoire. Je pleure et je pleure. Croise mon visage dans le miroir.
J'enfile mes chaussures et ma veste, j'attrape mon sac, je sens ses yeux perdus dans mon dos, je sens qu'il se lève enfile lui aussi ses chaussures et je claque la porte, minable. Je titube, comme ivre (de bonheur, de douleur?) j'essaie de courir, lui demande, plutôt une injonction, "fous moi la paix". Mais il n'a rien fait.
Les yeux embués de larmes, le pas malhabile, manque d'équilibre, je ne vois pas à travers mes larmes.
"Bulle... " Sa voix si petite, si cassée, si malheureuse.
"Rentre..." Je tombe il se précipite. "Je te ramène. Promis, je ne te touche pas si tu ne veux pas, je te jure, je ne veux pas te faire de mal ptite sœur tu le sais" "Ta gueule!! Rentre!!!"
Je continue, ivre morte d'émotions (lesquelles?) jusque chez moi.
Et je me repette "connard, tu me détestes, je sais que tu me détestes, et t'en as rien a foutre de moi, tu peux me dire adieux, enculé"
Et son seul tort,au bout de toutes ses années passées à se côtoyer c'est de m'avoir pris dans ses bras et m'avoir allongé sur son lit alors que lentement je plongeais dans le sommeil.
Son seul tord, au fond, c'est de m'aimer.
Je suis nulle et dégueulasse. J'envoie chiee la seule personne qui sait me rendre heureuse.
Je me rends malheureuse toute seule.
Et je ne le rappellerai pas.
Trop peur de lui faire du mal...
Comme si je ne lui en avait pas déjà assez fait.
Connasse.
A l'abattoir.
S'il te plait... Frappe et sors moi de là...