Rien ne va plus. (Faites vos jeux.)
Tout d'abords, j'ai failli être engagée pour un an à Madrid.
Enfin j'ai été engagée pour un an à Madrid. J'ai signé mon contrat, bu des flutes de champagne à n'en plus finir, fais une super fête avec les copines, commencé a chercher un appart, voir comment je pouvais louer le parisien durant cette année madrilène.... Tout ça tout ça.
Et puis un matin , je me suis levée avec le sourire aux lèvres, je me suis préparé un thé fumant, et j'ai commencé a m'habiller pour partir à la classe.
Et le téléphone a sonné. Et il y a une dame qui m'a parlé en anglais, avec un accent espagnol. Elle avait un ton désolé et moi je ne voulais pas comprendre ce qu'elle voulait me dire. Impossible. On ne peut pas me faire ça après que j'y ai cru a ce point là, après que tout ça ait été si réel.
Ils (le gouvernement) n'ont pas renouvelé les subventions, nous n'avons pas les moyens de garder tous nos danseurs, nous n'avons donc pas les moyens d'en engager de nouveaux. Vous toucherez l'équivalent d'un mois de salaire pour rupture de contrat par notre faute.
J'ai dis que je comprenais, et j'ai raccroché, très dignement.
Et j'ai pleuré. Tout ce que je pouvais. Toute ma détresse, toute ma rage. J'ai brulé tous les papiers pour les appartements, tout ce qui pouvait me rappeler cette victoire factice et éphémère.
Je ne suis pas allée à la classe.
J'ai ressorti la convocation pour l'audition à Limoges. J'ai relu les conditions.
J'ai continué a pleurer, à ne pas vouloir comprendre.
J'ai fumé une cigarettes, puis deux.
J'ai sorti quelques CDs de mon étagère et j'ai fais du tri. Plus d'une minute, moins d'une minute. J'ai ecouté les musique. Sans les entendre. J'en ai finalement choisi une, je l'ai gravé sur un CD vierge et j'ai loué une salle pour tard dans la soirée.
J'ai fumé plusieurs cigarettes.
Je suis allée au studio, emmitouflée dans un gros sweat et derrière deux joggings superposés, mes yeux rougis cachés par une grosse paire de lunettes de soleil.
Je me suis enfermé dans la salle avec la musique. En une heure, j'ai pondu en pleurant une petite chorégraphie pitoyable, aussi pitoyable que moi.
Aussi pitoyable que mon desaroi, aussi pitoyable que ma colère, aussi pitoyable que tous les sentiments qui bouillaient en moi sans que je puisse les identifier clairement.
En rentrant j'ai acheté un billet de train sur internet.
J'ai fini de fumer mes cigarettes.
Le lendemain, j'ai pris le train, très maquillée, les yeux a peu près ouverts.
J'ai passé l'audition.
Je me suis fait degager assez vite... De toute façon, allez savoir pourquoi, toutes les nenettes qui reussissaient les exercices techniques se faisaient degager. A croire qu'ils ne voulaient que celles qui ne tenaient pas debout. Ils ont même gardé une fille qui n'avait jamais vu une paire de pointes de sa vie. Je lui aurais jeté la mienne dans la figure.
Mais je suis allée fumer une cigarette.
J'ai un peu ri dans un café avec une copine que je n'avais pas vu depuis longtemps et j'ai pris le train du retours.
La j'ai appellé mes parents pour leur apprendre la nouvelle.
J'aurai aimé qu'ils s'enervent, crient, s'indignent, que sais-je...
Ils n'ont fait que de gentils commentaires, que ce n'etait pas ma faute, je ne devais pas pleurer, je n'y etais pour rien, l'année prochaine tu verras.
J'ai raccroché et j'ai fumé.
Depuis je reste chez moi, stores baissés.
Pas envie de danser. Pas envie de me surpasser. Pas envie de voir ce corps gourd et sans grace dans la glace, pas envie de faire l'effort de sourire et d'avoir l'air heureuse. Pas envie de suporter le fait que je serais toute ma vie une ratée.
Pas envie d'assumer le fait de me planter, toujours plus jours apres jours.
Je sors faire quelques services, m'engueuler avec des clients sans vergogne et qui se croient les rois du monde.Puis me faire engueuler par mon patron parce que je manque de tact. Parce qu'il en a du tact lui peut être.
J'ai touché le mois de salaire de dédommagement.
J'ai envie de vomir.
J'ai envie de bouffer.
J'ai envie de boire pour oublier que je bois pour oublier.
J'ai envie de mourir.
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